17 octobre 2015

Mâles et femelles

Quelques asticots imbibés injectent, dans des têtes de moucherons imberbes, le mythe que toutes les demoiselles attendent d'être butinées à tir d'ailes.

Il s'agirait, lorsqu'ils aperçoivent une taille de guêpe, des jambes de sauterelles ou tout appât féminin, de voler tête baissée, comme à l’affût du miel attiré, pour atteindre la cible avec les antennes en éveil.
Collés au terre à terre de leurs avances, ils pensent pouvoir frôler une belle de jour sans tisser une once de connaissance. Comme si la chenille ne se donnait qu'aux cons sans parade !
Ils trouvent une autre cigale à qui déblatérer des poncifs pensant s'être fait brûler les ailes par une belle se prenant pour la reine des abeilles.

La plupart des demoiselles aimeraient désinfecter les plaies d'idioties fourmillant de ces moucherons impertinents.
Il s'agirait d'abord que les vieux cafardeurs aux grilles séductrices erronées, analysent mieux un papillonnement de cils. Ce n'est pas un appel phéromonal à être piquée sans sommations mais un simple phénomène naturel.
Les réactions de défense de certaines demoiselles qui font l'erreur de muer en menthe religieuse rancunière ou en moralisatrice effet mère font voler contre le vent.

Ça file le bourdon de se répéter auprès de vers mi sots plutôt que de s'animer à faire voler en éclat toute espèces de préjugés. Alors buzzons, bourdonons ou écrivons cette piqûre de rappel aux mâles comme aux femelles.

10 septembre 2015

"Les 3 fruits" de Zidrou et Oriol (Dargaud)

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Un roi en fin de règne hanté par la peur de mourir, succombe aux sirènes diaboliques d'un mage lui promettant une éternité que ni la science ni l'amour de sa femme ne peuvent offrir. En échange de la main de sa fille offerte au mage, il devra mettre à l'épreuve ses trois fils puis manger le corps du plus valeureux d'entre eux. Tout pacte a un revers de médaille pour l'une ou l'autre des parties...

Cet album sous forme d'un conte traditionnel horriblement juste et magnifiquement illustré, confirme le talent du duo Zidrou et Oriol qui avait signé La Peau de l'Ours dans un tout autre genre.

La valeur des personnages féminins mêle la fable au conte avec une morale édifiant que leur courage et leur amour peuvent sauver la vanité des hommes...

One sot - Conseillé dès 15 ans

26 août 2015

"King of Klub " de Luz (Les Échappés - Charlie Hebdo)

O O O O

Pour clore une saison de festivals et de fêtes sur la plage quoi de mieux qu'un pastiche grinçant du monde de la musique et de la nuit avec pour personnage principal David Guetta !

David et Cathy Guetta fuient une Ibiza menacée par un tsunami et se retrouvent propulsés sur une planète 100 % dédiée à la fête et aux DJ au détriment d'autres stars qui finissent dans les assiettes plutôt que dans les oreilles des noctambules...
Vincent Delerm est utilisé comme outil de torture, Pascal Nègre est le chef cuistot qui recycle Bjork en distributeur à glaçon ou Sébastien Tellier en saucisson tandis qu'un scientifique fou clone les DJ qui marchent.
Ce paramétrage est menacé par une rébellion menée par un Elton John sur le retour, par un groupe de gospel métal contre le formatage et par un David jamais au bon endroit...

C'est drôle, grinçant, rocambolesque, critique et vrai avec un humour qui rejoint "J'aime pas la chanson française" signé par Luz chez Hoëbeke.

A lire si vous aimez la musique, si vous n'aimez pas particulièrement Vincent Delerm et David Guetta et surtout si vous avez et aimez le second degré...

One shot - Conseillé dès 16 ans 

15 juillet 2015

"Far-niente" (Théophile Gautier)

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.

Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.

Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.


Issu de "Premières Poésies"

30 mai 2015

"Changer le monde" (Carl Norac)

Changer le monde commence dans ma chambre.
Changer le monde commence ici, dans un petit pays,
en poésie.
Je verrai les déserts ensuite.
Je suis changeur de monde, mais je vais à l'école.
Les montagnes et forêts me remercient de loin.
Changer le monde, j'y passe un de ces temps.
Fermer les centrales, donner plus d'ailes au vent,
parler à une étoile, qu'elle reste au levant,
protester dans la rue, rire partout ailleurs,
changer le monde avant que je comptes les heures,
que je devienne grand.
En fait, ça m'arrangerait
que vous changiez le monde avec moi.